Vingt ans auront suffi pour transformer une rumeur en mythe, puis un mythe en image. Avec une couverture signée Vogue, Anna Wintour et Meryl Streep apparaissent enfin côte à côte, abolissant la frontière entre la femme qui a façonné l’histoire de la presse mode et le personnage de fiction qui en est devenu l’incarnation universelle.
Certaines images dépassent le simple exercice de style. Elles racontent une époque, cristallisent un héritage et redessinent les contours d’une légende. La nouvelle couverture de Vogue, orchestrée à l’approche de la sortie du très attendu Le Diable s’habille en Prada 2, appartient à cette catégorie. Pour la première fois, Anna Wintour accepte de partager l’objectif avec Meryl Streep, l’actrice qui a immortalisé Miranda Priestly, ce personnage devenu l’archétype absolu de la rédactrice en chef toute-puissante. Pendant deux décennies, cette rencontre semblait pourtant inconcevable.
Depuis la sortie du film en 2006, Anna Wintour s’était toujours tenue à distance des comparaisons avec Miranda Priestly. Si le roman de Lauren Weisberger, ancienne assistante chez Vogue, puis son adaptation cinématographique avaient largement alimenté les spéculations sur les ressemblances entre les deux femmes, la directrice emblématique de Vogue n’avait jamais souhaité cautionner une figure souvent réduite à son autorité implacable.
Car Miranda Priestly est rapidement devenue bien plus qu’un personnage. Elle s’est imposée comme une icône culturelle, symbole d’un pouvoir féminin aussi fascinant que redouté. Son influence s’est étendue bien au-delà du cinéma, inspirant de nombreuses héroïnes autoritaires, du personnage de la Baronne dans Cruella jusqu’à certaines campagnes publicitaires jouant avec les codes de la rédactrice en chef inaccessible.
Une photographie qui réconcilie la fiction et la réalité
Sous l’objectif d’Annie Leibovitz, rien n’est laissé au hasard. Les deux femmes apparaissent tantôt assises côte à côte avec une élégante simplicité, tantôt réunies dans un ascenseur, clin d’œil évident aux scènes devenues cultes où Miranda Priestly faisait son entrée dans les bureaux de Runway. Les lunettes noires sont là, les silhouettes sont impeccablement dessinées, mais la mise en scène refuse toute caricature. C’est précisément là que réside la force de cette couverture.
Plutôt que d’opposer la réalité à la fiction, Voguechoisit de les faire dialoguer. Anna Wintour n’est plus seulement la femme qui aurait inspiré Miranda Priestly ; elle devient la gardienne d’un héritage culturel que le cinéma a contribué à universaliser. Quant à Miranda, elle cesse d’être une simple satire pour rejoindre le panthéon des grandes figures de la mode. Cette image agit comme une reconnaissance mutuelle.
Derrière Miranda Priestly, une mosaïque d’inspirations
Si le public continue naturellement d’associer Miranda Priestly à Anna Wintour, Meryl Streep a récemment rappelé que son interprétation reposait sur une construction beaucoup plus complexe.
Invitée de The Late Show with Stephen Colbert, l’actrice a expliqué avoir puisé son inspiration dans plusieurs personnalités rencontrées au cours de sa carrière, notamment les réalisateurs Mike Nichols et Clint Eastwood. Du premier, elle retient un humour subtil et une intelligence du dialogue ; du second, une autorité silencieuse, une discipline exemplaire et une capacité à imposer le respect sans jamais élever la voix.
Cette révélation nuance encore davantage la lecture du personnage. Miranda Priestly n’est pas le portrait d’une seule femme, mais la synthèse de plusieurs formes de leadership ayant marqué l’industrie créative.
Greta Gerwig, passeuse d’icônes
Pour orchestrer cette conversation historique, Vogue a confié l’interview à Greta Gerwig.
Le choix est particulièrement pertinent. Depuis Barbie, la réalisatrice américaine s’est imposée comme l’une des grandes narratrices contemporaines capables de déconstruire les figures iconiques tout en leur offrant une nouvelle profondeur.
L’échange dépasse largement les coulisses de la mode. Les deux femmes abordent la transformation de la presse, l’évolution du pouvoir féminin, la conciliation entre vie professionnelle et personnelle ainsi que la capacité d’une industrie à se réinventer face aux mutations numériques.
Anna Wintour y livre également une déclaration qui résume parfaitement sa position : « C’est un immense honneur d’être incarnée par Meryl, même si Miranda est très éloignée de moi. » Une phrase qui, après vingt ans de distance assumée, sonne comme une réconciliation avec un imaginaire auquel elle ne pouvait désormais plus échapper.
Une campagne magistrale pour le retour d’un phénomène
Cette couverture s’inscrit naturellement dans la stratégie de lancement du second volet du Diable s’habille en Prada.
Quelques mois plus tôt, la cérémonie des Oscars avait déjà offert un avant-goût de cette mécanique parfaitement orchestrée : Anne Hathaway sollicitait, avec humour, l’approbation vestimentaire d’Anna Wintour, laquelle lui répondait d’un regard impassible rappelant instantanément Miranda Priestly. Le message était limpide : la frontière entre fiction et réalité est désormais devenue un terrain de jeu assumé.
Le retour d’un empire de style
Près de vingt ans après le premier film, Le Diable s’habille en Prada 2 promet de replonger Miranda Priestly dans une industrie profondément transformée, où les réseaux sociaux, les créateurs de contenu et les nouveaux équilibres du luxe redessinent les rapports de pouvoir.
Meryl Streep retrouve naturellement son rôle mythique, aux côtés d’Anne Hathaway, Emily Blunt et Stanley Tucci. De nouvelles apparitions prestigieuses sont également évoquées, tandis que Milan viendra compléter New York comme décor majeur de cette nouvelle intrigue, confirmant une fois encore le rôle du cinéma dans le rayonnement international des capitales de la mode.
Au-delà de son potentiel succès au box-office, le film pourrait bien réinstaller sur le devant de la scène une esthétique que l’on croyait révolue : celle de la power woman sophistiquée, du tailoring impeccable et du luxe discret porté comme un langage d’autorité.
Car, au fond, cette couverture de Vogue raconte moins le retour d’un film que l’aboutissement d’une histoire commencée il y a plus de vingt ans. Une histoire où la réalité a fini par accepter ce que la fiction avait déjà inscrit dans la mémoire collective : certaines femmes deviennent des icônes, d’autres deviennent des mythes. Anna Wintour est désormais les deux.
Article susceptible de vous intéresser :