Il y a des années qui comptent davantage que d’autres dans l’histoire de la parfumerie. 1993 est de celles-là. Cette année-là, Jean-Paul Gaultier et Paco Rabanne font tous deux leur entrée ou leur retour remarqués dans la parfumerie avec deux créations devenues emblématiques : Classique et XS. Deux parfums très différents, mais une même intuition : le flacon peut être aussi important que le sillage.
1993, une année charnière pour la parfumerie
Au début des années 1990, les grandes maisons de mode comprennent plus que jamais l’importance du parfum dans leur stratégie de développement.
Le parfum permet de prolonger l’univers d’un créateur bien au-delà du vêtement. Il en reprend les codes, les transforme et les rend accessibles à un public beaucoup plus large.
En 1993, deux signatures particulièrement fortes vont ainsi entrer dans l’histoire de la parfumerie.
D’un côté, Jean-Paul Gaultier lance Classique, premier grand parfum féminin de la maison.
De l’autre, Paco Rabanne dévoile XS pour Homme, vingt ans après son premier grand succès masculin, Paco Rabanne pour Homme.
Deux créations qui ont en commun une chose essentielle : elles commencent par raconter une histoire avant même que l’on découvre leur fragrance.
Classique de Jean-Paul Gaultier : quand le flacon devient une icône
Pour Jean-Paul Gaultier, le lancement de Classique représente une véritable entrée dans l’univers de la parfumerie.
Le projet est développé avec BPI, sous l’impulsion de Chantal Roos, alors à la tête du groupe.
Pour composer cette première fragrance féminine, elle fait appel au parfumeur Jacques Cavallier avec une intention claire : traduire dans un parfum la sensualité et l’audace qui caractérisent déjà l’univers du couturier.
Le premier projet s’articule autour de la tubéreuse.
Mais un élément va changer la trajectoire de la création : le flacon.
Un corset dans une boîte en métal
Le parfum se présente sous la forme d’un buste féminin, inspiré des silhouettes corsetées qui constituent l’un des grands codes de Jean-Paul Gaultier.
Le mannequin porte un corset et des porte-jarretelles, comme une version miniature des femmes que le créateur aime mettre en scène dans ses collections.
Le tout est présenté dans une boîte métallique.
L’objet est immédiatement reconnaissable.
Et surtout, il impose une direction olfactive.
Face à ce flacon spectaculaire, Jacques Cavallier abandonne progressivement son idée initiale de tubéreuse pour construire une fragrance plus chaleureuse et plus enveloppante.
Classique s’oriente alors vers un registre oriental, autour d’un accord où se rencontrent des notes orangées, la vanille et le gingembre.
Le parfum devient ainsi le prolongement olfactif du vêtement.
Sensuel, féminin, assumé.
Le parfum comme objet de mode
Avec Classique, Jean-Paul Gaultier comprend une chose qui deviendra essentielle dans l’univers du parfum : le flacon peut être une signature à lui seul.
Le buste féminin n’est pas simplement un contenant.
Il devient une représentation miniature de la maison.
À l’époque, cette approche contribue à transformer la relation entre mode et parfumerie.
Le parfum n’est plus seulement un jus associé à un nom.
Il devient un objet que l’on reconnaît immédiatement sur une étagère.
Et le flacon de Classique restera l’une des silhouettes les plus identifiables de la parfumerie contemporaine.
XS de Paco Rabanne : une autre idée de la séduction masculine
La même année, un autre créateur visionnaire impose son propre langage olfactif.
Paco Rabanne lance XS pour Homme avec le groupe Puig.
La création intervient vingt ans après Paco Rabanne pour Homme, lancé en 1973 et devenu depuis une référence de la parfumerie masculine.
Avec XS, le couturier souhaite cependant ouvrir un nouveau chapitre.
Le parfum doit être plus contemporain, plus libre et moins conventionnel.
Le flacon traduit immédiatement cette intention.
Un flacon inspiré d’un briquet
Pour imaginer le contenant de XS, le designer Pierre Dinand opte pour une forme graphique et immédiatement reconnaissable.
Le détail le plus surprenant se trouve dans son système d’ouverture.
Le capuchon rappelle celui d’un briquet.
Un clin d’œil particulièrement cohérent avec l’univers de Paco Rabanne, créateur habitué à transformer les objets et les matières du quotidien en éléments de mode.
L’objet possède une esthétique presque industrielle.
À l’opposé du buste sculptural de Classique, XS affirme une masculinité plus graphique et plus contemporaine.
Une composition inspirée du Sud
Pour la fragrance, le parfumeur Gérard Anthony, chez Firmenich, imagine un départ inspiré par les végétaux et les paysages du Sud.
L’ouverture est fraîche et aromatique avant de laisser progressivement place à un cœur plus épicé.
Le fond évolue vers des notes boisées.
Le résultat conserve une certaine sophistication sans chercher la démonstration.
XS propose une masculinité moins formelle, plus spontanée, en accord avec l’évolution des codes de séduction du début des années 1990.
Deux parfums, deux visions du luxe
Ce qui rend 1993 particulièrement intéressant est la proximité de ces deux lancements.
Jean-Paul Gaultier et Paco Rabanne ne racontent pas la même histoire.
Le premier construit une féminité sensuelle autour du corps et du corset.
Le second imagine une masculinité plus libre, graphique et contemporaine.
Mais les deux créateurs partagent la même conviction : le parfum doit être une extension de la mode.
Chez Gaultier, le flacon devient un corps.
Chez Rabanne, il évoque un objet du quotidien transformé en accessoire de luxe.
Dans les deux cas, le contenant participe pleinement à l’identité du parfum.
Quand les créateurs imposent leur vision à la parfumerie
Cette période marque également une évolution importante du rapport entre mode et beauté.
Les maisons ne se contentent plus d’apposer leur nom sur une fragrance.
Elles développent des univers complets.
Le parfum doit avoir une silhouette, une personnalité, un langage visuel.
C’est particulièrement visible chez Jean-Paul Gaultier et Paco Rabanne.
Leurs créations olfactives reprennent les obsessions qui traversent leurs vêtements : le corps, la provocation, la matière, la modernité et le rapport aux conventions.
Le parfum devient ainsi une autre manière de raconter le créateur.
1993, année de deux signatures durables
Plus de trois décennies après leur lancement, Classique et XS restent associés à une période où la parfumerie de créateur savait encore prendre des risques.
Les deux parfums possédaient une identité immédiatement reconnaissable.
Un flacon spectaculaire.
Une signature olfactive identifiable.
Un univers visuel cohérent.
Et surtout, une histoire.
C’est probablement ce qui explique leur longévité.
À une époque où les lancements se multiplient à grande vitesse, ces deux créations rappellent qu’un parfum peut devenir bien davantage qu’une nouveauté commerciale.
Il peut devenir un objet culturel.
Le parfum comme mémoire de la mode
1993 restera donc comme une année particulièrement révélatrice de l’évolution de la parfumerie.
Avec Classique, Jean-Paul Gaultier transforme le corset en objet olfactif.
Avec XS, Paco Rabanne imagine un parfum masculin dont le flacon reprend les codes d’un briquet.
Deux univers.
Deux esthétiques.
Deux visions de la séduction.
Mais une même ambition : faire du parfum une véritable création de mode.
Trente ans plus tard, les deux flacons continuent de raconter la même chose : dans la parfumerie comme dans la haute couture, une signature forte commence souvent par une idée que personne n’avait encore osé transformer en objet.
XS · Parfum Homme | Rabanne France
Parfum Classique pour Femme | Jean Paul Gaultier