À Deauville, la photographe Flore Prébay dévoile Les Présents, une œuvre délicate consacrée aux aidants. Présentée dans le cadre de la 17e édition du festival Planche(s) Contact, cette série photographique et plastique transforme l’intime en matière artistique et fait émerger, avec une infinie justesse, les rêves de celles et ceux qui consacrent leur quotidien à un proche fragilisé.
Aux Franciscaines, à Deauville, certaines œuvres imposent leur présence par le silence. Elles ne cherchent ni l’éclat ni la démonstration : elles invitent à ralentir, à déplacer le regard, à prêter attention à ce qui demeure habituellement hors champ.
C’est dans cet espace sensible que s’inscrit le travail de Flore Prébay, lauréate du Prix de la Jeune Création Photographique 2026. Avec Les Présents, l’artiste s’intéresse à une figure essentielle et pourtant souvent invisible : celle de l’aidant.
Femmes, hommes, proches, parents, enfants : ils accompagnent, soutiennent, veillent. Leur quotidien se construit autour d’une autre existence, jusqu’à parfois s’y confondre. Flore Prébay choisit de leur restituer ce que la fatigue, la responsabilité et les impératifs du quotidien tendent à effacer : leur intériorité.
Photographier ce qui ne se voit pas
Les Présents trouve son origine dans une histoire profondément personnelle. Flore Prébay a accompagné sa mère jusqu’à sa disparition et veille aujourd’hui sur son père. De cette expérience intime ne naît pas un récit documentaire au sens traditionnel, mais une question.
À chacune des personnes rencontrées, l’artiste demande :
« Si vous disposiez d’un instant rien que pour vous, quel serait votre rêve intérieur ? »
La question ouvre une brèche.
Les réponses prennent la forme de souvenirs, de désirs, de paysages imaginaires, d’envies parfois minuscules et parfois lointaines. Un voyage. Un geste abandonné. Une échappée. Une respiration. Une pièce silencieuse. Un instant sans responsabilité.
Autant de micro-fugues hors du réel que Flore Prébay transforme en images.
Loin d’une représentation frontale de l’aidance, sa photographie choisit la suggestion. Elle ne documente pas seulement une situation : elle donne une forme à ce qui demeure invisible. L’image devient alors un territoire de projection, un espace mental où chaque personne peut réapparaître dans toute sa singularité.
Ici, l’aidant n’est plus seulement celui qui accompagne. Il redevient un individu traversé par des rêves, des souvenirs, des désirs et une vie intérieure.
« Je souhaite photographier ces images intérieures, ces micro-fugues hors du réel, qui font émerger la poésie singulière de chacun. Avec Les Présents, je veux rappeler qu’au-delà du poids du quotidien, il existe, indéfectiblement, un espace où l’on peut encore rêver, respirer et exister pleinement. »
— Flore Prébay
Quand la photographie devient matière
La singularité de Les Présents tient également à sa dimension plastique et artisanale. Chez Flore Prébay, la photographie ne s’arrête pas à l’image. Elle se prolonge dans le papier, les fibres, les textures et les gestes.
Pour cette série, l’artiste a imaginé avec son oncle, Frédéric Gironde, artisan papetier, des papiers conçus spécifiquement à partir des récits recueillis auprès des personnes rencontrées.
Cette collaboration fait du support lui-même une composante de l’œuvre. Les fibres, les irrégularités et les aspérités du papier ne sont plus de simples détails : elles deviennent une peau, une mémoire, une matière sensible.
Photographie, peinture et papier fait main entrent ainsi en dialogue.
L’image semble se déposer sur la matière plutôt que simplement y être imprimée. Les interventions picturales de l’artiste prolongent cette sensation tactile et donnent aux œuvres une présence presque physique.
Cette attention portée à la matière fait écho au sujet même de la série : la fragilité des existences, mais aussi leur résistance. Ce qui paraît délicat peut être profondément tenace.
Flore Prébay, une photographie de l’intime
Représentée par la Galerie Polka à Paris, Flore Prébay s’inscrit dans une jeune scène photographique française attentive aux formes hybrides et aux récits intimes.
Son travail refuse les frontières trop nettes entre photographie et arts plastiques. Il privilégie une approche sensible où le récit, la matière et l’image participent d’une même écriture.
Avec Les Présents, cette recherche trouve une résonance particulière.
À Deauville, dans le cadre de Planche(s) Contact, la photographe ne cherche pas simplement à donner une visibilité supplémentaire à celles et ceux qui accompagnent les autres. Elle propose quelque chose de plus subtil : leur rendre un espace à eux.
Un espace mental.
Un espace poétique.
Un espace où l’on peut, ne serait-ce qu’un instant, ne plus être l’aidant mais simplement soi.
Les Présents, une exposition à découvrir à Deauville
Présentée lors de la 17e édition de Planche(s) Contact, le Festival de photographie de Deauville, l’exposition de Flore Prébay s’inscrit dans une programmation qui fait dialoguer création contemporaine, photographie et territoire.
Dans l’écrin des Franciscaines, Les Présents offre une expérience qui se regarde autant qu’elle se ressent. Une œuvre silencieuse, profondément humaine, qui invite à porter autrement le regard sur celles et ceux qui donnent de leur temps, de leur énergie et de leur présence.
Et peut-être à leur poser, à notre tour, une question essentielle :
quel serait votre rêve intérieur, si vous aviez enfin un instant rien que pour vous ?
Informations pratiques
Flore Prébay — Les Présents
Planche(s) Contact — 17e édition du Festival de photographie de Deauville
Direction artistique : Lionel Charrier & Jonas Tebib
Vernissage : vendredi 23 octobre 2026 à 19 h
Remise du Prix du Jury de la Jeune Création : samedi 24 octobre 2026 à 19 h
Exposition : jusqu’au 3 janvier 2027
Les Franciscaines
145 b, avenue de la République
14800 Deauville
Contact presse : Marion Fromantin, agent
06 22 05 48 24
communicationfloreprebay@gmail.com
Photographies © Flore Prébay
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