« J’aime Gala plus que ma mère, plus que mon père, plus que Picasso et même plus que l’argent. » La déclaration est signée Salvador Dalí. Pendant plus d’un demi-siècle, Gala fut son épouse, son modèle et sa collaboratrice. Mais derrière la légende du couple le plus flamboyant du surréalisme se cache une femme qui n’a jamais cédé sa liberté, pas même à l’homme qui la vénérait.
Cadaqués, été 1929 : le coup de foudre
Tout commence sur la Costa Brava, dans le petit port catalan de Cadaqués. Née Elena Ivanovna Diakonova en 1894, Gala est alors l’épouse du poète Paul Éluard. Début août 1929, le couple rend visite au jeune peintre surréaliste Salvador Dalí, et une liaison naît aussitôt entre Gala et cet artiste de dix ans son cadet.
Dalí, timide jusqu’à l’excentricité, est subjugué. Gala voit en lui un génie encore brut et quitte Éluard pour le peintre. Le couple se marie civilement à Paris en 1934, puis religieusement lors d’une cérémonie privée au sanctuaire des Àngels, en 1958.
Épouse, muse, stratège : Gala dans l’œuvre
Dès le début des années 1930, Dalí signe ses toiles en associant son nom à celui de Gala. Le geste dit tout : pour lui, l’œuvre est commune.
Gala pose sans relâche, souvent dans des rôles religieux, comme la Vierge de La Madone de Port Lligat en 1949. Avant Dalí, elle avait déjà inspiré Éluard et Max Ernst.
Elle est aussi la tête politique du couple : elle démarche les galeries, négocie les contrats et bâtit la fortune du peintre. Avec la Seconde Guerre mondiale, le couple part pour les États-Unis et ne revient à Cadaqués qu’en 1948.
Púbol, le château imprenable
En 1968, Dalí tient une promesse de jeunesse : offrir un château à sa reine. Il achète une forteresse médiévale à Púbol, dans l’Empordà. Il y conduit Gala les yeux bandés et lui offre le domaine ; elle accepte à une seule condition : qu’il ne vienne la voir que sur invitation écrite.
Loin d’en souffrir, Dalí s’en dit flatté. Dans un numéro spécial de Vogue en 1971, il raconte la scène et explique que la distance, comme dans l’amour courtois, attise la passion au lieu de l’éteindre.
Gala y passe chaque été de 1971 à 1980. Le couple vit une relation libre, et le château lui sert parfois de lieu de rendez-vous avec ses amants. Dalí, lui, décore chaque pièce pour elle : plafonds peints, trône, éléphants aux pattes graciles dans le jardin.
Gala meurt en 1982 et repose dans la crypte du château. Púbol devient alors, entre 1982 et 1984, le dernier atelier de Dalí, puis le mausolée de sa muse. La Fondation Gala-Salvador Dalí l’a ouvert au public en 1996.
Une liberté jamais négociée
Longtemps réduite au rôle de muse vénale, Gala se révèle plus complexe. Son journal inédit, retrouvé en 2005 et publié sous le titre : La Vie secrète, évoque son enfance en Russie et sa vie amoureuse avec le peintre ; elle y apparaît tourmentée, vulnérable et passionnée.
Dalí a accepté toutes les conditions de Gala, jusqu’à devoir solliciter par écrit le droit de voir sa propre femme. Soumission ou forme suprême d’amour ?
Et vous, faut-il accepter toutes les conditions de la personne qu’on aime pour rester avec elle ?
Sources :