À Paris, certaines adresses ne se contentent pas d’ouvrir : elles renaissent. Da Lucrezia Osteria est de celles-là. Installée dans l’écrin chargé d’histoire de l’ancien Grand Venise, cette nouvelle table insuffle un souffle contemporain à une institution italienne mythique, tout en préservant son âme.
Dès l’entrée, le ton est donné. Une imposante meule de pecorino trône comme une promesse de festin, tandis que les notes feutrées d’airs italiens enveloppent le lieu d’une chaleur immédiate. Le décor, lui, joue l’équilibre parfait entre héritage et modernité : boiseries patinées, chaises gravées, banquettes généreuses et luminaires de Murano composent un cadre élégant, sans ostentation. Un luxe discret, vivant, presque instinctif.
L’esprit d’une femme libre
Le nom du lieu rend hommage à Lucrèce Borgia, figure longtemps réduite aux caricatures, mais qui fut avant tout une grande esthète et une maîtresse de maison accomplie. Duchesse de Ferrare, elle réunissait artistes et penseurs autour de banquets où se mêlaient création et convivialité. Son portrait, installé au fond du restaurant — regard assuré, allure fière — incarne à lui seul l’ADN de la maison : une élégance libre, sensuelle, assumée.
Ici, on ne vient pas seulement dîner. On s’attarde, on partage, on rit. Le raffinement ne se prend jamais au sérieux.
Naples dans l’assiette
En cuisine, Francesco, chef napolitain formé notamment chez Big Mamma, signe une partition précise et généreuse. Nourri dès l’enfance par les gestes de sa grand-mère, il perpétue une tradition culinaire où chaque détail compte, sans jamais figer la créativité.
Sa signature ? Les pâtes, évidemment. Al dente, généreuses, et surtout sublimées à la meule de pecorino, flambées à la grappa directement en salle. Un spectacle maîtrisé qui transforme chaque service en expérience. Agnolotti à la ricotta, carbonara, cacio e pepe : des classiques exécutés avec justesse et intensité.
Autour de ce cœur battant, la carte explore aussi des territoires plus confidentiels : une zucca rôtie relevée de stracciatella des Pouilles, de noisettes du Piémont et d’herbes sauvages, ou encore un Vitello Tonnato revisité avec finesse. Les gnocchi alla sorrentina, fondants et parfumés au basilic frais, rappellent quant à eux l’essence même de la cuisine italienne : simplicité, produit, émotion.
La carte évolue au fil des saisons, avec un renouvellement régulier et un menu déjeuner pensé pour conjuguer exigence et accessibilité.
Parce qu’aucune table italienne ne saurait exister sans une belle partition liquide, la cave a été confiée à Gwilherm de Cerval, ancien sommelier du Ritz et du Royal Monceau. Sa sélection, 100 % italienne, navigue avec intelligence entre références pointues et flacons accessibles, séduisant amateurs éclairés comme néophytes curieux.
Au bar en zinc, élégamment dessiné pour la réouverture, quelques influences corses viennent subtilement enrichir l’offre de cocktails et digestifs — un clin d’œil aux racines du propriétaire, Christophe Poligani.
Avec une cinquantaine de couverts, Da Lucrezia cultive une atmosphère intime et vibrante. On y vient pour un déjeuner gourmand, on y reste pour un dîner qui s’étire. Et surtout, on y revient. Plus qu’un restaurant, c’est une certaine idée de l’Italie qui s’exprime ici : généreuse, élégante, profondément vivante. Une Italie où le goût des bonnes choses se partage sans prétention, mais toujours avec panache.
Dalucrezia (@da.lucrezia.osteria) • Photos et vidéos Instagram
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