Fragilisée par le ralentissement de la demande mondiale pour les produits de luxe, la maison italienne négocie avec ses créanciers et envisage plusieurs opérations destinées à renforcer sa trésorerie. Parmi les pistes étudiées figure la cession de certains actifs immobiliers, tandis que l’entreprise doit composer avec une dette en forte progression.
Chez Dolce & Gabbana, l’heure est aux ajustements financiers. La maison italienne, fondée à Milan en 1985 par Domenico Dolce et Stefano Gabbana, cherche à dégager de nouvelles liquidités alors que le marché mondial du luxe traverse une période moins favorable. Dolce & Gabbana Holding a obtenu de ses banques une dérogation temporaire aux engagements qui encadrent sa dette, en échange de la mise en œuvre d’opérations exceptionnelles destinées à renforcer ses finances.
Cet accord court jusqu’au 31 mars 2028. En contrepartie, le groupe s’est engagé à réaliser, avant la fin juin 2027, plusieurs opérations susceptibles de lui apporter des liquidités. À partir de mars 2028, son niveau d’endettement devra par ailleurs rester inférieur à trois fois son bénéfice.
L’immobilier comme levier de trésorerie
Les discussions seraient déjà bien avancées. Parmi les scénarios envisagés figure la vente de plusieurs biens immobiliers appartenant au groupe, notamment dans le centre de Milan. Dolce & Gabbana pourrait ensuite reprendre ces locaux en location. Une opération classique de sale and leaseback qui permettrait à la maison de transformer une partie de son patrimoine immobilier en liquidités immédiates, tout en continuant à occuper les lieux.
Cette stratégie intervient alors que les comptes du groupe témoignent d’une dégradation de ses principaux indicateurs financiers. Au terme de l’exercice clos le 31 mars, la dette de Dolce & Gabbana Holding atteignait environ 465 millions d’euros, contre 380 millions un an plus tôt.
Dans le même temps, le chiffre d’affaires a légèrement reculé, à 1,86 milliard d’euros, contre 1,9 milliard précédemment. Plus préoccupant encore, l’Ebitda s’est établi autour de 10 millions d’euros, contre près de 30 millions lors de l’exercice précédent.
Une manne de 150 millions d’euros grâce à la beauté
La maison dispose néanmoins de plusieurs leviers pour soutenir son développement. En avril, Dolce & Gabbana a ainsi reçu 150 millions d’euros d’EssilorLuxottica, à la faveur de la prolongation jusqu’en 2050 d’un contrat de licence existant.
La beauté constitue de longue date un axe stratégique pour les groupes de mode, permettant notamment de diversifier les sources de revenus et de toucher une clientèle plus large. Mais cette opération ponctuelle ne suffit pas à effacer les tensions financières qui pèsent aujourd’hui sur la holding.
Une gouvernance en pleine recomposition
Ces négociations financières interviennent parallèlement à une importante évolution de la gouvernance. Stefano Gabbana a quitté cette année son poste de président de la société. Le cofondateur, qui détient environ 40 % du capital, étudie également différentes options concernant sa participation.
La maison avait toutefois précisé que son départ de la présidence ne modifierait pas son implication dans la création.
Autre changement majeur : Stefano Cantino, ancien dirigeant de Gucci, a rejoint Dolce & Gabbana comme co-directeur général. Il partage désormais cette fonction avec Alfonso Dolce, frère de Domenico Dolce.
Cette réorganisation intervient alors que la maison cherche à préserver son indépendance tout en adaptant sa structure à un environnement devenu plus exigeant.
Une icône italienne face au nouveau cycle du luxe
Depuis sa création en 1985, Dolce & Gabbana s’est imposée comme l’une des signatures les plus reconnaissables de la mode italienne. Si Domenico Dolce et Stefano Gabbana ont mis fin à leur relation personnelle il y a plus de vingt ans, ils ont poursuivi leur association professionnelle et restent liés par une holding qui contrôle 80 % de l’entreprise. Le solde du capital est réparti entre Domenico Dolce, Alfonso Dolce et leur sœur Dorotea.
La situation actuelle illustre les tensions auxquelles sont confrontées certaines maisons indépendantes dans un marché du luxe devenu moins indulgent. Après des années de croissance portée par une demande mondiale soutenue, les groupes doivent désormais conjuguer investissements, maîtrise des coûts et préservation de leur désirabilité.
Pour Dolce & Gabbana, la priorité est donc claire transformer certains actifs en ressources financières, alléger la pression de la dette et retrouver des marges de manœuvre. Une équation délicate pour une maison dont l’indépendance constitue précisément l’un des principaux attributs de sa valeur.
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