Il l’a essayée, il est parti avec. Puis il l’a renvoyée, accompagnée de quelques mots manuscrits. À Tokyo, le vol d’une montre de luxe à plus de 260 000 euros s’est transformé en l’un des faits divers les plus déroutants de l’année.
Un essayage qui tourne mal
Le décor : Nakano Broadway, un célèbre centre commercial de Tokyo. Le vol a eu lieu le 29 octobre. En soirée, un homme entre dans une boutique au troisième étage et, se faisant passer pour un client, demande à essayer une Audemars Piguet affichée à 46 millions de yens.
Le modèle n’est pas n’importe lequel : il s’agit d’une Audemars Piguet Royal Oak, vendue environ 46 millions de yens, soit près de 250 000 euros au cours actuel. La pièce au poignet, l’homme prend la fuite, laissant le vendeur stupéfait.
Le coup de théâtre
L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais dimanche matin, quelques jours seulement après le vol, la montre a été livrée à la même boutique. Dans le colis, la précieuse Royal Oak, intacte, et un mot manuscrit avec ces simples mots : « Je suis vraiment désolé ».
Remords sincères, peur d’être retrouvé ou impossibilité de revendre une pièce aussi identifiable ? Le mystère reste entier.
L’enquête continue
Le retour de la montre n’efface pas le délit. La police métropolitaine continue de rechercher l’homme qui s’est enfui avec la montre, et tente en parallèle d’identifier la personne qui a expédié le colis. Il n’est pas encore établi s’il s’agit de la même personne. Selon la presse, le paquet aurait été envoyé depuis plusieurs centaines de kilomètres.
Nakano Broadway, le temple caché de l’horlogerie
Pour beaucoup d’étrangers, Nakano Broadway évoque surtout les mangas et les figurines. Pourtant, ce centre ouvert en 1966 près de la gare de Nakano abrite aussi plus d’une vingtaine de boutiques de montres de luxe, neuves et d’occasion, fréquentées par les collectionneurs japonais et de nombreux touristes étrangers.
Un vivier qui attire aussi les convoitises : ce vol est survenu quelques mois après un autre vol similaire dans le même centre.
La Royal Oak, une icône qui fait tourner les têtes
Pourquoi tant de passion ? Dessinée par Gérald Genta et lancée en 1972, la Royal Oak a révolutionné l’horlogerie avec sa lunette octogonale et ses vis apparentes. Elle reste aujourd’hui l’une des montres les plus désirées au monde, et parfois l’une des plus ciblées.
Face à la recrudescence des vols, la manufacture du Brassus a d’ailleurs innové : Audemars Piguet propose depuis 2023 de remplacer les montres volées de ses clients, dans le cadre d’un programme créé en réponse à la hausse des vols liés aux montres.
Dans le monde feutré de la haute horlogerie, cette histoire a des airs de conte moderne. Elle rappelle aussi une réalité : une montre d’exception, numérotée et suivie, est presque impossible à faire disparaître. Et parfois, la conscience finit par rattraper le voleur avant la police.
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